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Une diplômée améliore les outils de modélisation hydrologique pour mieux prévoir le débit des rivières

Super chercheure, super maman!
14 May 2014 // by Pascale Millot

« Je ne suis pas une superwoman, insiste Annie Poulin. Et je ne veux surtout pas être perçue comme telle! » Pourtant, quand on l’écoute raconter son parcours tandis qu’elle sirote son café matinal, on est en droit d’en douter. Certes, la vie de cette ingénieure diplômée du Centre Eau Terre Environnement de l’INRS ressemble à plusieurs égards à celle de bien des professionnelles en début de carrière. Mais dans le milieu hyper compétitif – et encore très masculin! – de la science, concilier recherche, enseignement et vie de famille s’avère un sport extrême.

 

« Quand j’ai été embauchée à l’École de technologie supérieure (ÉTS), en 2010, nous étions trois femmes sur 24 professeurs au Département de génie de la construction, se souvient Annie Poulin. Il y en a aujourd’hui deux de plus. Et elles sont enceintes! Nous commençons souvent notre carrière en même temps que notre famille. Tout arrive en même temps, et ce n’est pas de tout repos! »

 

Originaire de Québec, Annie Poulin a d’abord étudié au baccalauréat en génie géologique à l’Université Laval. Pendant cette période, elle a réalisé plusieurs stages de recherche à l’INRS où les professeurs Jean-Pierre Villeneuve, Alain Mailhot et Alain Rousseau, l’ont fortement encouragée à poursuivre ses études. « Ce sont eux qui m’ont fait prendre conscience que la recherche et l’enseignement pouvaient être une voie pour moi. Le fait que ces professeur réputés aient cru en mon potentiel m’a ouvert les yeux. »

 

Après avoir obtenu son baccalauréat, elle décide donc de s’inscrire en sciences de l’eau à l’INRS pour « avoir une corde de plus à son arc » avant d’intégrer le marché du travail. Son projet de maîtrise, qui porte sur l’analyse et l’opération des réseaux d’eau potable, se transforme finalement en thèse de doctorat. Elle saute ensuite sur une belle occasion offerte par l’École de technologie supérieure (ÉTS) à Montréal – l’institution vient de recevoir du financement pour accueillir un postdoctorant sur la modélisation hydrologique dans un contexte de changements climatiques. Postdoctorat en poche et à peine remise de la naissance de son premier garçon, Annie Poulin obtient, en 2010, un poste de professeure en hydraulique et hydrologie. « À l’INRS, j’ai eu un encadrement exceptionnel de la part de mes directeurs de recherche, Alain Mailhot et Jean-Pierre Villeneuve, ainsi que Louis Delorme, de l’Institut de recherche d’Hydro-Québec. J’ai vraiment été choyée à cet égard. Ils m’ont servi de modèle de chercheur et m’ont permis de le devenir. Ils m’ont apporté la rigueur scientifique et m’ont appris à ne pas avoir peur de relever des défis, aussi ambitieux soient-ils. » Et des défis, elle n’en manque pas!

Annie Poulin diplômée INRSAnnie Poulin INRS diplômée

Réinventer la science hydrologique

Membre du DRAME (Groupe de recherche spécialisé en développement et en recherche appliquée en modélisation de l’eau), elle profite aujourd’hui de la force du Réseau INRS, qui regroupe les diplômés, les professeurs et les étudiants actuels. Ainsi, elle poursuit une fructueuse collaboration avec le professeur Alain Mailhot, dans le cadre d’une importante subvention octroyée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada – Recherche et développement coopératif (CRSNG-RDC). Ce projet de recherche, dirigé par François Brissette de l’ÉTS, implique le consortium Ouranos ainsi que des partenaires industriels comme Hydro-Québec, Rio Tinto Alcan et Ontario Power Generation. L’équipe veut évaluer la pertinence, en science hydrologique, de recourir à d’autres données que celles des stations météorologiques. « Pour simuler le débit des rivières, par exemple, il faut alimenter les modèles hydrologiques avec des données de précipitation et de température. Or, les paramètres de collecte des données ne sont pas toujours optimaux pour notre usage. Entre autres, les stations météo sont souvent installées dans les vallées ou près des villes, parce que ce sont des endroits plus accessibles, alors qu’on sait que les phénomènes météorologiques ne sont pas les mêmes en zone montagneuse. Par ailleurs, on manque aussi de données dans les régions nordiques où le potentiel hydroélectrique est le plus important. »

 

Pour améliorer l’efficacité et la performance des modèles, les chercheurs multiplient la cueillette de données et le croisement de celles-ci. Comment? En travaillant à partir de « stations météo virtuelles » positionnées, toujours virtuellement, sur des grilles régulières couvrant l’ensemble d’un territoire étudié (un bassin versant ou une région, par exemple). Couvrant le Québec en entier incluant le Grand Nord, la Colombie-Britannique et une partie de l’Ontario, ces pseudo-stations utilisent les données issues, entre autres, de modèles météorologiques et de radiosondes ou de satellites, ou encore de modèles climatiques (notamment le modèle régional canadien du climat).

 

Dans le même domaine d’étude, Annie Poulin vient d’obtenir un soutien très convoité en début de carrière, une subvention à la découverte du CRSNG, pour son projet de « Laboratoire virtuel pour le développement d’approches de calage des modèles hydrologiques adaptées et efficaces » qu’elle mènera au sein du DRAME.

 

La jeune femme dirige (ou codirige) également 8 étudiants (7 à la maîtrise, un doctorant et un stagiaire au baccalauréat), enseigne trois cours et demi par année (c’est la norme à partir de la troisième année d’enseignement) et a mis en place plusieurs activités de recherche. Et dès qu’elle le peut, elle s’échappe pour aller courir, activité indispensable à son équilibre.

 

Concilier travail et famille

Quand elle regarde derrière elle les quelques années qui viennent de s’écouler, Annie Poulin éprouve beaucoup de fierté, mais aussi un vague vertige et le sentiment d’avoir parfois mis en péril le précaire équilibre familial. « Quand je suis revenue de mon deuxième congé de maternité, il y a deux ans, je me suis rendue compte que tout le monde avait continué à progresser, sans moi. Alors, je me suis sentie obligée de mettre les bouchées doubles. »  

 

Annie avoue avoir dû apprendre une chose qui ne s’enseigne pas à l’université : mettre ses limites et se ménager. « Cela m’a pris deux ans à comprendre que le ciel ne me tomberait pas sur la tête si je ne me retrouvais pas tout de suite au sommet! », confie-t-elle. Prochain défi? « Continuer à avancer dans ma carrière bien sûr, mais sans perdre de vue les deux êtres que mon conjoint (un ingénieur, lui aussi!) et moi avons mis au monde, et dont nous voulons faire des êtres heureux et accomplis. » ♦

 

Réseau INRS

Microsite du DRAME

Profil d’Annie sur le site de l’ÉTS

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Contrat Creative Commons« Une diplômée améliore les outils de modélisation hydrologique pour mieux prévoir le débit des rivières : Super chercheure, super maman! » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2014 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

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