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L'eau potable de deux petites communautés nicaraguayennes analysée par des étudiants

Projet Eau Nicaragua : À chacun sa science
14 février 2012 // par Benoît Lacroix

Les problèmes ne sont pas toujours là où on les cherche. C’est ce que les participants au projet Eau Nicaragua ont appris, en août 2011, lorsqu’ils ont analysé l’eau potable des villages de Charco Muerto et Aguas Agrias situés au sud-ouest du pays, aux abords du lac Nicaragua. Les jeunes chercheurs avaient un doute sur la qualité de l’eau du lac. Ils avaient tort. Celle-ci est tout à fait acceptable. Ce sont plutôt les filtres vétustes utilisés par les villageois qui contaminent cette eau avant consommation. Le rapport que livrera bientôt le groupe d’étudiants aux communautés locales recommandera donc principalement de remplacer ces filtres et d’entretenir les nouveaux de manière adéquate.

 

Les yeux s’illuminent et les anecdotes fusent lorsque Valérie Ouellet, Amélie Thériault et Dominique Ponton, étudiants en sciences de l’eau au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS et trois des « onze irréductibles », comme ils se qualifient eux-mêmes, racontent leur aventure en Amérique centrale. Dès le début de leur récit, on sent la dynamique toute particulière qui les unit. Ils étaient partis à la recherche de contaminants dans l’eau et dans les poissons consommés par les habitants de la place, ils ont récolté bien plus : des amis, une culture différente, une expérience de vie inoubliable!

 

Côté scientifique, les polluants étaient bien au rendez-vous, mais pas selon les plans. Les étudiants s’attendaient à trouver des contaminants organiques et inorganiques directement dans l’eau du lac et des sources utilisées par les villageois. Ils ont plutôt découvert une épaisse soupe de bactéries provenant des filtres à sable utilisés par les familles pour… assainir l’eau! Autre constat : un taux légèrement trop élevé de métaux traces dans le sabalete, une espèce de poisson pêchée et consommée par les gens de la place.

 

Leurs recommandations seront somme toute assez simples : changer les vieux filtres contaminés, diminuer la consommation de sabalete pour les enfants et les femmes enceintes, entretenir correctement les nouveaux filtres ainsi que les réservoirs et les bouteilles d’eau, puis éventuellement, puiser l’eau du lac plus loin et plus en profondeur, avec un tuyau et une pompe manuelle, par exemple.

 

Un laboratoire dans la jungle

Transporter du matériel scientifique, échantillonner des sources d’eau potable, disséquer des poissons pour en prélever des morceaux de chair, les faire sécher, réaliser des analyses physicochimiques, tout ça est plutôt simple lorsque l’on travaille dans un environnement bien adapté, comme un laboratoire où règne une hygiène irréprochable et une température ambiante adaptée à la nature des recherches. Mais au Nicaragua, en forêt, à près de 40 degrés Celsius et avec un taux d’humidité qui avoisine les 100 %, c’est une autre paire de manches. Amélie Thériault en sait quelque chose, elle qui s’occupait de prélever les échantillons de poisson : « J’ai été obligée d’abandonner mon équipe, je n’en pouvais plus. J’ai dit aux autres que si je continuais à découper du poisson sous cette chaleur, avec les odeurs et tout, plus jamais je n’en mangerais de ma vie. J’ai pris une pause et quelques heures plus tard, le repas préparé par nos hôtes m’attendait : du riz, des fèves et… un poisson entier! ».

 

Le groupe de onze jeunes chercheurs avait beau s’être préparé près de neuf mois à l’avance, impossible de tout prévoir. Leur organisation était toutefois très sérieuse. À leur demande, les professeurs du Centre Eau Terre Environnement ont d’ailleurs créé un cours spécifique au projet. Ainsi, les étudiants pouvaient consacrer du temps à la planification scientifique et logistique, à travers leurs horaires déjà chargés d’étudiants à la maîtrise et au doctorat. Et bénéficier, de surcroît, des conseils des professeurs : « Tout était à faire, se rappelle Valérie Ouellet, l’initiatrice du projet et responsable de la partie « logistique humanitaire », qui avait déjà travaillé pour l’organisme AVES. Nous avons monté le projet de A à Z, mais à notre image. C’est d’ailleurs ce qui le rendait si attrayant pour les participants, dont les intérêts de recherche différaient pas mal. »

 

S’ils ont reçu le soutien financier de l’INRS, ces jeunes globetrotters ont malgré tout consacré beaucoup d’efforts à chercher, en vain, du financement privé. « Arriver devant des entrepreneurs privés avec un projet humanitaire, ce n’est, semble-t-il  pas très vendeur », note, une pointe de déception dans la voix, Amélie Thériault. Les offices jeunesse internationaux du Québec ont payé une partie des billets d’avion, le programme de soutien financier pour des projets scientifiques et académiques de l’INRS et le Centre Eau Terre Environnement ont financé le reste. Les étudiants ont quant à eux payé une partie des analyses de laboratoire qui devaient se faire à l’Université de Managua.

 

Familles d'adoption

« Une fois sur place, nous avons vécu un accueil extraordinaire, raconte Dominique Ponton. Nous étions séparés en petits groupes, répartis dans nos familles d’accueil. Les liens ont vite été établis et nos familles nous ont pris complètement en charge. » Au quotidien, l’équipe de jeunes chercheurs se réunissait à tous les matins pour planifier la journée de travail : « Au départ, nous suivions un rythme assez intense. Nous voulions tout faire, et rapidement, se souvient Dominique. Finalement, nous avons dû apprendre à nous adapter au rythme et aux activités quotidiennes de la communauté! »

 

Malgré tout, les objectifs scientifiques initiaux, plutôt ambitieux, ont presque tous été atteints. Les étudiants ont pu analyser l’eau potable avant et après filtration de huit familles, échantillonner les poissons qu’ils consommaient, en plus d’analyser l’eau d’une autre source dont les villageois doutaient de la qualité. Il ne reste plus qu’à livrer un résumé du rapport de projet, traduit en espagnol, pour le compte de l’organisme AVES, qui s’occupera de transmettre les recommandations concernant le remplacement des vieux filtres, les mesures d’entretien des nouveaux et l’amélioration des techniques de puisage et de conservation de l’eau. Ce qui sera fait dans les mois qui viennent, le temps de faire valider le rapport par les professeurs responsables, et de résumer et traduire le tout.

 

Face à face, main dans la main

Finalement, la grande leçon que tirent les organisateurs de cette aventure scientificohumanitaire est celle de l’importance des liens humains. En effet, c’est grâce à eux que l’équipe a accompli sa mission scientifique. C’est aussi grâce à eux qu’ils ont pu s’intégrer correctement dans la communauté et comprendre les aspects sociaux, culturels et politiques liés aux problématiques d’eau auxquelles les étudiants s’intéressaient. Enfin, c’est même grâce à eux si la facture de l’Université de Managua pour les analyses de laboratoire, que devaient régler de leur poche les étudiants, a été diminuée de 50 %!

 

Ainsi, c’est seulement après avoir invité les chercheurs de l’université locale à venir les visiter sur les lieux de leurs recherches que les relations se sont détendues : « Ils ont constaté que nous étions soudés avec les gens de la place. Il y avait toujours une “ trâlée ” d’enfants qui nous suivaient partout », raconte Valérie Ouellet. Les chercheurs locaux ont ainsi mieux compris la pertinence du projet et le contexte de respect dans laquelle la mission se déroulait, puisque comme le constate la doctorante, nos efforts pour établir des liens par courriel, avant notre arrivée, n’ont jamais donné de tels résultats. »

 

Le partage des savoirs

Si les jeunes Québécois ont pu partager une partie de leurs connaissances scientifiques avec les acteurs locaux, ils ont également réalisé que ces derniers pouvaient leur apporter des savoirs de natures différentes.

 

Dominique Ponton retient de son expérience une belle leçon de vie : « À un moment, je me suis dit que les gens qui nous accueillaient connaissaient quelque chose que nous avions peut-être oublié : l’art de regarder passer le temps en famille, entre amis. S’asseoir, jaser ou non, être ensemble, tout simplement », résume-t-il, un brin philosophe. Et comme plusieurs de ses compatriotes, Dominique a suffisamment eu la piqûre humanitaire pour songer à un autre projet du même type. Cette fois, il s’agirait d’investiguer sur la présence de pesticides toxiques d’origine agricole dans l’alimentation des habitants d’une communauté du Nord du Nicaragua. Le début d’une nouvelle aventure? Osons l’espérer.

 

Scientifiquement, le bilan est aussi très positif. Tous et toutes ont pu participer activement à la campagne d’échantillonnage et d’analyse de l’eau et des poissons du lac Nicaragua, avec les défis scientifiques, techniques et organisationnels qu’une telle opération implique. Et lorsque leurs recommandations scientifiques seront livrées aux communautés locales, dans les mois qui viennent, l’équipe de jeunes chercheurs espère de tout cœur que celles-ci feront une différence. ♦

 

 

 

 

 

 

Étudiants envoyés sur le terrain dans le cadre du projet Eau Nicaragua : Dominic Ponton, Amélie Thériault, Valérie Ouellet, Vincent Huot, Anne Crémazy, Julien Mocq, Sophie Roberge, Michel Plourde, Maikel Rosabal Rodriguez, Paula Sanchez Marin, Camille Dussouillez (Université Laval)

 


 

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