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Jean-François Laliberté et les virus des plantes

Des images qui valent mille expériences
12 juin 2012 // par Marianne Boire

Voilà maintenant plus de vingt-cinq ans que Jean-François Laliberté, professeur au Centre INRS―Institut Armand-Frappier, scrute les secrets des virus des plantes. Toujours animé par la même curiosité et une insatiable fascination pour le monde de l’infiniment petit, il ne cesse de s’émerveiller des immenses percées scientifiques rendues possibles grâce au développement de l’imagerie cellulaire. Car c’est à une véritable révolution technologique qu’il a assisté au fil des ans : une révolution qui lui permet aujourd’hui d’observer le processus d’infection virale en pleine action.

 

Comme bien de belles aventures scientifiques, c’est un peu par hasard que celle de Jean-François Laliberté a commencé. Au milieu des années 1980, alors que les premières données sur les plantes génétiquement modifiées commençaient à paraître ― bien avant que les OGM ne défraient les manchettes de l’actualité ―, des scientifiques ont commencé à s’intéresser à la production de plantes résistantes à certains virus. C’est ainsi que Jean-François Laliberté a suivi la suggestion d’un collègue et décidé d’étudier les plantes résistantes à un ennemi bien précis : le virus  de la mosaïque du navet. Un quart de siècle plus tard, le professeur Laliberté ne lâche pas le morceau et traque encore le virus dans ses derniers retranchements : « J’ai eu la piqûre ou la morsure, je ne sais pas, raconte-t-il en riant, mais une chose est sûre : j’ai été infecté ! ».

 

Mais de quoi s’agit-il exactement? Mieux connu sous l’acronyme TuMV pour Turnip mosaic virus, ce pathogène représente un problème important depuis les années 1950 dans les cultures de rutabagas du sud-ouest de l’Ontario. Le symptôme le plus évident réside dans le jaunissement prématuré des feuilles et la chute des plus vieilles feuilles de la plante. Loin de s’en tenir au rutabaga, le virus se propage également dans les champs de colza et de plusieurs crucifères. Un véritable fléau, en somme, non seulement pour les agriculteurs locaux, mais également ceux du monde entier.

 

Une découverte fondamentale

Au départ animé par l’objectif de développer des cultivars résistants au virus de la mosaïque du navet, Jean-François Laliberté a rapidement bifurqué vers la recherche plus fondamentale, afin de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents au processus d’infection virale chez les plantes. D’une découverte à l’autre, il s’est peu à peu taillé une réputation internationale et aujourd’hui, l’impact de ses recherches dépasse largement le réseau du virus de la mosaïque du navet.

 

Parmi ses nombreuses contributions à la virologie, le professeur Laliberté et son équipe ont notamment démontré le rôle de la protéine virale (identifiée par le sigle VPg) dans une étape-clé du processus d’infection virale, l’initiation de la traduction, étape au cours de laquelle le virus de la mosaïque du navet interagit avec son hôte en vue de se répliquer. Cette découverte majeure a par la suite permis à d’autres équipes de recherche de comprendre pourquoi certaines plantes étaient génétiquement mieux équipées pour résister aux infections virales. Loin d’être restée confinée aux laboratoires de recherche fondamentale, la découverte a fait son chemin dans le monde de l’industrie en permettant le développement de nouvelles espèces agricoles résistantes non seulement au virus de la mosaïque du navet, mais également à d’autres virus de la même parenté. Mieux encore, la découverte a également été très utile à des équipes de recherche de Grande-Bretagne spécialisées dans l’étude de certains virus qui touchent le monde animal.

 

Pour le professeur Laliberté, il s’agit là d’un bel exemple de l’importance de la recherche fondamentale qui donne souvent lieu à d’importantes retombées : « Ici, on voulait simplement apprendre, précise-t-il, mais on a finalement trouvé quelque chose qui est devenu très important  sur le plan pratique, dans le domaine de l’agronomie. Si on ne s’était pas penchés là-dessus de cette manière, peut-être qu’on n’aurait jamais fait cette découverte. »

Les prouesses de l’imagerie cellulaire

Toujours motivé par la perspective de nouvelles découvertes, le professeur Laliberté s’anime encore plus quand il parle des développements de l’imagerie cellulaire et de la microscopie confocale. Car plusieurs de ses découvertes n’auraient pu se concrétiser sans cette technologie qui lui permet aujourd’hui d’étudier les virus comme il n’aurait jamais pu l’imaginer au début de sa carrière.

 

« La microscopie confocale nous donne aujourd’hui la possibilité de voir des choses que la biochimie ou la biologie moléculaire ne nous permettait pas autrefois, explique-t-il. Avant, on voyait simplement les cellules et les organites tandis qu’aujourd’hui, on peut voir et étiqueter des protéines avec de la fluorescence. Avec ces outils, on peut notamment observer le fonctionnement d’une usine virale et comprendre comment le virus se réplique, s’assemble et bourgeonne avant d’aller infecter les autres cellules. On dit qu’une image vaut mille mots, mais ça vaut aussi mille expériences ! »

 

Preuve que l’expertise du professeur Laliberté est aujourd’hui des plus recherchées, il donnera cet été une conférence « State of the Art » au congrès de l’American Society for Virology pour présenter à ses pairs l’état des connaissances sur le remodelage cellulaire lors de l’infection par des virus de plantes. Parions que l’audience de cette conférence sera composée de nombreux autres scientifiques passionnés par les prouesses de l’imagerie cellulaire et résolument engagés dans la voie de la recherche fondamentale. ♦

 

 


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Contrat Creative Commons« Jean-François Laliberté et les virus des plantes : Des images qui valent mille expériences » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2012 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

 

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