Logo INRS
English
Version imprimable
Logo Planète INRS

Patrice Couture et l’écotoxicologie chez les animaux aquatiques

L'eau, le métal, la perchaude et l'anguille
6 décembre 2011 // par Christiane Dupont

Des récits de pêche, Patrice Couture, professeur au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, en a plusieurs à raconter. Il ne s’agit pas d’anecdotes sportives, mais plutôt d’études en écotoxicologie portant sur les animaux aquatiques, en particulier les poissons d’eau douce. En effet, Patrice Couture et son équipe cherchent à mieux comprendre leurs réponses physiologiques et métaboliques face à diverses sources de stress et, plus précisément, face à celle de grandes concentrations de métaux.

 

Il est largement admis que la consommation de poisson est bénéfique pour la santé. Or, se nourrir de poisson ayant accumulé trop de métaux dans ses chairs est nuisible, car ceux-ci peuvent altérer certaines des fonctions vitales de l’humain. Mais qu’en est-il des effets des métaux sur les poissons eux-mêmes? Et des effets additionnels des facteurs de stress naturels présents dans leur milieu? Le professeur Patrice Couture s’attaque à un défi majeur en voulant démystifier le tout.

 

Laboratoire à ciel ouvert

C’est lors de son passage à titre de professeur à l’Université Laurentienne, située à Sudbury, grande ville minière de l’Ontario, que Patrice Couture trouve sa « niche de recherche ». Il constate alors les lacunes des études s’attardant sur les effets des rejets miniers sur les poissons des lacs de cette région particulièrement riche en nickel et en cuivre : « À Sudbury, personne n’étudiait les poissons en termes de toxicité, souligne-t-il. On se limitait à des études écologiques de distribution d’espèces et à mesurer l’accumulation de métaux chez les poissons. »

 

Patrice Couture indique également que la plupart des recherches concernant l’impact du stress métallique sur les poissons se déroulent en laboratoire avec des concentrations souvent plusieurs centaines de fois supérieures à celles relevées dans la nature. Or, dans un lac pollué par des rejets miniers, les poissons sont non seulement exposés à un mélange de plusieurs métaux, mais également à une foule d’autres éléments perturbateurs tels que les variations de température, d’oxygène et de disponibilité de nourriture. « L’écotoxicologue cherche à démêler, en milieu naturel et avec des valeurs réalistes, les effets stressants des contaminants », explique le professeur. Ajoutons à cela l’exposition chronique aux métaux et les sources diffuses de contaminants et on fait face à un vrai casse-tête! 

 

Décoder la signature des métaux

Dans un lac contaminé par des métaux, la perchaude est une des rares espèces à y survivre. Ce poisson est donc prisé par les écotoxicologues : « C’est un bon modèle naturel, puisque cette espèce est très présente dans nos lacs et assez tolérante aux contaminants », indique Patrice Couture. Un de ses projets phares, mené en étroite collaboration avec les professeurs Louis Bernatchez de l’Université Laval et Peter G. C. Campbell du Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, consiste d’ailleurs à mieux comprendre les mécanismes de résistance chez cette espèce : « Ce projet est unique, car il contribue à mettre en lien les aspects physiologiques et génomiques de la réponse au stress. » Pour ce faire, des perchaudes dites « propres » et d’autres contaminées sont analysées sur place, selon un gradient de métaux, dans les villes minières de Sudbury et de Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue, tandis que d’autres sont pêchées et soumises à des tests en laboratoire.

 

Membres de l’équipe de recherche de Patrice Couture, les étudiants au doctorat en sciences de l'eau Michel Amery-Defo et Julie Grasset s’intéressent respectivement à la réponse au stress métallique et non métallique chez la perchaude. La postdoctorante Bérénice Bougas utilise quant à elle une puce à ADN, sorte de petite plaque pouvant révéler le niveau d’expression de gènes. Il devient alors possible d’isoler certains gènes spécifiques qui répondent à la présence de métaux : « Le but ultime du développement de ces puces, résume l’écotoxicologue, est de créer des outils efficaces pour mesurer l’effet du stress métallique chez les poissons. »

 

Le mystérieux déclin des anguilles

La forte décroissance des populations d’anguilles européennes et américaines — qui peut atteindre 90 % dans certaines régions du globe! — intéresse aussi vivement Patrice Couture et son équipe. La surpêche, la destruction de l’habitat, l’entrave à la migration et les changements climatiques sont tous mis au banc des accusés, mais l’ampleur du rôle des contaminants dans ce triste phénomène reste encore méconnue. Les anguilles européennes et américaines, dont l’espérance de vie dépasse souvent la dizaine d’années, ont un cycle reproducteur tout à fait « fascinant », s’enthousiasme le professeur. En effet, ces deux espèces s’accouplent au même endroit chaque année, dans la mer des Sargasses, en Atlantique. Les jeunes anguilles migrent ensuite en remontant les rivières, où elles resteront sédentaires plusieurs années. C’est lors de cette période qu’elles peuvent absorber et accumuler des métaux et d'autres contaminants. Finalement, lorsqu’elles redescendent vers la mer pour se reproduire, leur voyage active leur métabolisme, ayant comme résultat que les contaminants sont relâchés dans leurs muscles et leurs embryons. Membre d’un regroupement de chercheurs français et québécois dont fait partie, entre autres, la professeure Magalie Baudrimont de l’Université Bordeaux 1, Patrice Couture, les doctorantes Géraldine Patey et Audrey Moffett ainsi que l’étudiant à la maîtrise Antoine Caron, tous inscrits en sciences de l'eau à l'INRS, tenteront d’élucider ce déclin effréné.

 

Ce n’est pas demain que nous n’aurons plus besoin de métaux et il faut s’empresser de mieux comprendre leurs impacts afin de diminuer au maximum les effets nuisibles sur l’environnement et la santé humaine. La réalisation de cet objectif fournira à Patrice Couture encore plusieurs bonnes histoires de pêche à raconter. ♦

 

PHOTO // Le professeur Patrice Couture et son équipe se sont rendus au Parc maritime de Saint-Laurent-de-l'île-d'Orléans pour les besoins de la photographie. La structure de bois habillée de broche en métal qu'on voit à l'arrière-plan est un port de pêche à l'anguille qui, jusqu'à 2008, était calé dans les eaux du fleuve Saint-Laurent. De gauche à droite : Julie Grasset, Audrey Moffett, Patrice Couture, Bérénice Bougas et Michel Amery Defo.

 



Vous avez aimé cet article? Partagez-le.

Share

 

Contrat Creative Commons
« Patrice Couture et l’écotoxicologie chez les animaux aquatiques : L'eau, le métal et le poisson » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2011 / Tous droits réservés / Photo © Denis Chalifour

Articles récents

Eau Terre Environnement

Webzine

Nouveau modèle géologique pour Vénus et la Terre archéenne ...

Webzine

Une diplômée utilise la photo-électro-catalyse pour dépolluer les eaux usées ...

Webzine

Une diplômée améliore les outils de modélisation hydrologique pour mieux prévoir le débit des rivières ...

Webzine

Infrastructure de calibre mondial pour prévenir l’érosion du littoral ...

Webzine

Congrès international IGARSS 2014 : la télédétection au service de l'énergie ...

Webzine

Voir venir les embâcles du haut du ciel grâce à l'imagerie satellitaire ...