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Guy Mercier et la décontamination des sols

Quand la chimie vire au vert
7 mars 2011 // par Valérie Levée

Produits chimiques égalent pollution : voilà une équation simpliste qui escamote le fait que la chimie constitue aussi un remède contre la pollution. Lors de ses études, Guy Mercier, professeur au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, a développé un vif intérêt pour la protection de l’environnement et la réduction de l’empreinte écologique. Tout naturellement, il a orienté sa carrière vers les technologies environnementales, mettant la chimie au service de la décontamination.

 

Organométox. Non, ce n’est ni un superhéros ni un lointain cousin d’Astérix, mais un procédé vert développé par l’équipe de Guy Mercier pour nettoyer les sols doublement contaminés par les métaux lourds et les composés organiques. On trouve de telles contaminations mixtes le long du Canal Lachine à Montréal ou à la Pointe-aux-Lièvres à Québec, entre autres, où les industries, par le passé, jetaient leurs résidus directement sur leur terrain. « En 1950, la pollution, on ne connaissait pas bien ça », rappelle le professeur et chercheur, qui s’est intéressé plus particulièrement aux sols des bases militaires pollués par du plomb, du chrome et des composés organiques de la famille des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).

 

Un procédé très novateur

« Jusqu’en 2004, dans notre équipe à l’INRS, on ne touchait pas aux composés organiques, explique Guy Mercier. Mais les cas de contamination où il n’y a que des métaux sont assez rares, et les possibilités de transférer la technologie sur le marché étaient limitées. » Le procédé Organométox permet la résolution des deux types de pollution – métaux lourds et HAP – en une seule étape. Dans un réacteur contenant le sol contaminé au plomb et aux HAP, on ajoute un acide et un surfactant, une sorte de détergent qui agit comme un savon nettoie les graisses en concentrant les HAP dans une mousse à la surface du mélange. Quant à l’acide, il extrait le plomb du sol en le solubilisant. Le métal se retrouve ainsi dans une sorte de jus appelé lixiviat. De ce lixiviat, il est possible de précipiter le plomb en un déchet solide qui prendra le chemin des déchets dangereux ; idem pour la mousse et ses HAP. Quant au sol, le voilà redevenu propre.

 

La technologie de l’équipe de Guy Mercier a fait ses preuves à l’échelle du laboratoire et lors d’un projet pilote mené sur six tonnes de sol : Organométox est maintenant entre les mains de Tecosol inc., une entreprise de Thetford Mines ayant reçu en novembre 2010 une subvention du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE). Avec cette subvention, Tecosol inc. traitera 100 tonnes de sols contaminés, pourra affiner les paramètres d’opération et faire ainsi la démonstration de cette technologie verte à une échelle pré-industrielle. Si elle relève son pari, l’entreprise se positionnera en tête de file de la décontamination mixte des sols puisqu’elle dispose de la licence exclusive pour l’utilisation d’Organométox et parce qu’aucune autre entreprise québécoise ne détient un tel savoir-faire.

 

Décontaminer, c’est bien, endiguer la contamination, c’est mieux

Avec le procédé Organométox, « on gère la pollution du passé », fait remarquer Guy Mercier, alors que l’idéal est de piéger les polluants à la source, avant leur fuite dans l’environnement. C’est ainsi que lui est venu l’idée de capturer le gaz carbonique (CO2) directement au sortir des cheminées des usines qui en produisent massivement comme les aciéries, les cimenteries et les alumineries. La beauté du projet est d’utiliser pour cette capture un autre déchet : les résidus d’amiante. « Il y en a 2 milliards de tonnes qui sont sorties de terre », précise Guy Mercier. Composés de silice et de magnésium, ils peuvent se combiner avec le CO2 pour former du carbonate de magnésium. Stable et non dangereux, celui-ci peut être entreposé sans risque. Mieux encore, il peut être transformé en magnésie (oxyde de magnésium) et être vendu à l’industrie comme matériau réfractaire aux hautes températures pouvant servir, notamment, à la fabrication de moules ou de fourneaux en sidérurgie. On fait donc coup double en réduisant les émissions de CO2 et en valorisant un résidu plutôt encombrant !

 

Le laboratoire de Guy Mercier vient d’ailleurs d’acquérir un réacteur pour déterminer, à partir d’un mélange de gaz analogue à celui qui sort d’une cimenterie, les conditions de température et de pression optimales à la carbonatation des résidus d’amiante. Ultimement, la réaction se produira à la sortie du four de l’usine où les résidus d’amiante seront convoyés.

 

Les boues d’épuration, les cendres volantes d’un incinérateur et les bois traités de nos patios contiennent aussi des métaux lourds et des composés organiques qui contaminent les sols. Le lisier de porc et les déchets d’aluminerie, quant à eux, constituent des résidus à valoriser. Des défis auxquels s’attaquent la chimie toute verte du professeur Guy Mercier. ♦

 


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