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Le placenta produit de la mélatonine qui protègerait les femmes enceintes contre la prééclampsie

La molécule qui vous veut du bien
26 mars 2014 // par Pascale Millot

Gentille, inoffensive, protectrice et très intelligente. À entendre toutes ces louanges, on croirait que Cathy Vaillancourt évoque les qualités de sa mère ou d’une amie proche. Pourtant non. La professeure du Centre INRS–Institut Armand-Frappier à Laval, nous parle de la mélatonine, une molécule qui ne nous veut que du bien! C’est en étudiant les effets de facteurs environnementaux (polluants, stress, médicaments, etc.) sur le placenta humain que la biochimiste a été conquise par les incroyables bienfaits de cette hormone essentiellement connue pour son rôle de régulateur de nos rythmes circadiens.

 

On savait déjà que la mélatonine était présente en quantité beaucoup plus importante chez les femmes enceintes. Mais en 2008, l’équipe de la professeure Vaillancourt a causé toute une surprise en révélant que ces surplus n’étaient pas produits par la mère, comme on le croyait, mais par le placenta lui-même. « Dès que le placenta est expulsé, le taux de mélatonine dans le sang de la mère revient à la normale », explique-t-elle.

 

Un cerbère contre le stress, le cancer et le vieillissement cellulaire

Forte de cette découverte, elle a voulu comprendre le rôle et le mode d’action de la mélatonine sur le placenta et le fœtus. « Nous avons ainsi découvert qu’elle joue un rôle protecteur : elle assure l’homéostasie – la bonne santé – des cellules placentaires, les trophoblastes. »

 

Il faut savoir qu’en plus du rôle qu’elle joue dans la régulation des rythmes veille-sommeil, la mélatonine est un des antioxydants les plus puissants. De plus en plus de chercheurs croient d’ailleurs qu’une déficience dans la production de cette hormone serait associée à un risque accru de certains cancers et on commence même à en prescrire à des cancéreux. Mais comment agit-elle? Elle fait preuve de discernement! À partir de cellules placentaires normales et d’autres cancéreuses cultivées in vitro, les chercheurs du Centre INRS–Institut Armand-Frappier ont en effet montré que la mélatonine est un « tueur intelligent » (un smart killer, pour reprendre le titre de l’article publié en 2011 dans le journal Molecular and Cellular Endocrinology). En d’autres termes, elle empêche la multiplication des cellules cancéreuses et inhibe la mort des cellules saines. « La mélatonine agit sur les radicaux libres, ces molécules chimiques qui déclenchent la production de stress oxydatif et qui sont largement impliquées dans le développement du cancer et dans le vieillissement cellulaire. »

 

Or, le stress oxydatif est également associé à l’une des maladies de la grossesse les plus fréquentes : la prééclampsie. Cette pathologie encore très mystérieuse, appelée la « maladie des hypothèses », touche de 3 à 10 % des parturientes au Québec. Elle est caractérisée par une hypertension et une augmentation des protéines dans les urines. C’est une des premières causes de décès chez les femmes enceintes dans les pays développés.

INRS cathy vaillancourt photo Josée LecompteCathy Vaillancourt INRS photo Josée Lecompte

Des suppléments de mélatonine pour prévenir la prééclampsie

À ce jour, on ne connaît aucune cure autre que l’accouchement précoce, un piètre pis-aller quand on connait les risques que comportent les naissances prématurées. D’où l’urgence de trouver un traitement. Or, en observant des placentas issus de grossesses normales et d’autres issus de femmes ayant souffert de prééclampsie, l’équipe de Cathy Vaillancourt a montré que le taux de mélatonine est plus bas dans des placentas prééclamptiques que dans des placentas sains. « Nous avons ensuite créé un modèle in vitro d’hypoxie-réoxygénation qui mime ce qui se passe dans la prééclampsie, mais aussi dans d’autres pathologies de la grossesse associées à une augmentation du stress oxydatif. En ajoutant de la mélatonine, nous avons constaté un renversement total des mécanismes altérés par la prééclampsie, tels que le stress oxydatif et la mort cellulaire. Je n’en croyais pas mes yeux! »

 

Prochaine étape? Suivre une cohorte de femmes enceintes pour tester les effets de la prise de suppléments de mélatonine sur leur santé, et en particulier sur la prééclampsie. « C’est une molécule non tératogène et pour laquelle on n’a jamais observé d’intoxication, même à fortes doses. »

 

Présente chez la plupart des organismes connus, de la bactérie à la plante, la mélatonine serait, pense la chercheure, une molécule essentielle au développement du bébé. « Si le placenta en produit, c’est, je pense, une façon pour notre organisme de s’assurer que le bébé n’en manque pas. La mélatonine placentaire joue ainsi un rôle protecteur plus étendu que celle qui est produite par la glande pinéale et qui régit les rythmes circadiens. »

 

Ce qui vaut aussi pour la sérotonine, l’autre molécule sur laquelle planche l’équipe de Cathy Vaillancourt et qui est elle aussi produite de novo par le placenta. En 2011, une équipe américaine avait ainsi montré à partir de placentas de souris que ce type de sérotonine aidait au développement cérébral du fœtus. L’équipe de Cathy Vaillancourt l’a quant à elle démontré chez l’humain.

 

Une autre avenue prometteuse pour l’équipe du Centre INRS–Institut-Armand-Frappier qui cherche à comprendre l’effet sur le placenta et le fœtus de la dépression maternelle (et des antidépresseurs), une maladie associée à des dysfonctionnements des taux de sérotonine. ♦

Cathy Vaillancourt INRS

 

 

 

 

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Contrat Creative Commons« Le placenta produit de la mélatonine qui protègerait les femmes enceintes contre la prééclampsie : La molécule qui vous veut du bien » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2014 / Tous droits réservés / Photos © Josée Lecompte

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