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Simona Stäger et la lutte aux maladies chroniques

Le Leishmania, ce parasite dangereux et plein de mystère
16 octobre 2012 // par Marc-André Sabourin

La petite peluche de Leishmania qui trône sur le bureau de la chercheure Simona Stäger semble bien inoffensive. Avec son corps en forme de poire, sa longue queue, son doux pelage orange et ses minuscules yeux noirs, aucun enfant ne lui résisterait. Mais les apparences sont trompeuses : ce parasite tue chaque année près de 60 000 personnes et laisse des cicatrices horribles à plus d’un million d’autres. Des médicaments permettent de guérir la maladie qui en découle, la leishmaniose, mais aucun vaccin ne peut la prévenir. Comprendre comment le parasite perturbe certains de nos globules blancs permettrait à notre système immunitaire de combattre vigoureusement une foule de maladies chroniques, dont le sida.

 

Dans le monde, un individu sur quatre est porteur d’un ou de parasites. « Essentiellement des vers », précise la professeure en immunologie et parasitologie au Centre INRS–Institut Armand-Frappier. Le Leishmania est un de ces visiteurs indésirables. Ce protozoaire – un organisme unicellulaire avec un noyau et des mitochondries – est transmis à l’homme par la mouche des sables, un insecte piqueur trois fois plus petit qu’un maringouin. « Une fois dans l’hôte, le parasite infecte les macrophages, un type de globule blanc, où il se reproduit rapidement », explique la chercheure. En se multipliant, le protozoaire cause la leishmaniose, dont les premiers symptômes apparaissent des semaines, voire des mois après l'infection.

 

On recense la maladie dans 88 pays, essentiellement en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie et autour du bassin méditerranéen. La leishmaniose se présente sous deux formes principales : cutanée ou viscérale. La première est la plus répandue, avec 1,5 million de personnes atteintes chaque année. Elle se manifeste par l’apparition de plaies ulcératives sur la peau qui mettent plusieurs semaines, parfois plusieurs mois à guérir, laissant l'épiderme cruellement marquée. La deuxième affecte quant à elle près de 500 000 personnes annuellement. Elle s'attaque aux viscères et cause la mort lorsque non traitée.

 

Un parasite féroce aux attaques ciblées

Originaire de Suisse, Simona Stäger travaille deux ans comme vétérinaire spécialisée en anatomie pathologique avant de se « découvrir une passion pour la recherche ». C’est à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, lors de son stage postdoctoral, qu’elle aborde pour la première fois le Leishmania. « Nous travaillions alors sur un vaccin que nous avions testé sur des chiens, raconte-t-elle, mais les résultats n’avaient pas été suffisamment concluants. » Malgré cette déception, la chercheure poursuit ses travaux sur le Leishmania. « Ce parasite est un excellent modèle pour étudier les maladies chroniques et l’immunosuppression, explique la chercheure, car il s’attaque au système immunitaire de son hôte. »

 

Les macrophages où se reproduit le Leishmania constituent en quelque sorte l’incinérateur du système immunitaire. Leur rôle est de gober les corps étrangers, puis de les détruire à l’aide d’acides et d’enzymes contenus dans de petites poches, des lysosomes. Mais par un mécanisme qu’on ne connaît encore que partiellement, le Leishmania empêche les lysosomes d’accomplir leur travail correctement.

 

Comme si ce n'était pas suffisant, le parasite perturbe le fonctionnement d'une autre catégorie de globules blancs, les lymphocytes T. Ces derniers détectent, puis détruisent les cellules infectées par des virus ou des parasites. « Normalement, lorsqu'il y a une infection, le corps produit les lymphocytes T en grande quantité, note Simona Stäger. Mais avec le Leishmania, la production est minime. » Quand le corps réalise qu’il est envahi par le parasite, soit plusieurs semaines après l’infection, le système immunitaire est déjà épuisé.

 

La science n’a pas encore découvert pourquoi les lymphocytes T ne réagissent pas lors de la transmission du parasite, ni pourquoi ils s’activent soudainement. C'est ce mystère que Simona Stäger espère percer, car « ce sont les cellules les plus importantes pour tuer le Leishmania. »

Le Réseau international des Instituts Pasteur

Simona Stäger est arrivée à l’INRS il y a un peu plus d’un an après avoir travaillé à Singapour et aux États-Unis : « Le Centre est l’endroit idéal pour effectuer mes travaux puisqu'il y a beaucoup de chercheurs au Québec et au Canada qui font de la recherche fondamentale sur le Leishmania

 

Pour mener à bien ses travaux, Simona Stäger bénéficie de plus du Réseau international des Instituts Pasteur (RIIP). Le Centre INRS–Institut Armand-Frappier est le seul établissement universitaire en Amérique du Nord à faire partie de cette organisation. Il a mis sur pied le LeishRIIP, un regroupement de scientifiques qui veut améliorer la détection et le traitement de la leishmaniose et vise le développement d’un vaccin pour prévenir la maladie. Qui sait si grâce à l’aide de Simona Stäger, le groupe ne changera pas un jour de nom pour RIPLeish : « requiescat in pace (reste en paix), Leishmania »? ♦

 

 


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Contrat Creative Commons« Simona Stäger et la lutte aux maladies chroniques : Le Leishmania, ce parasite dangereux et plein de mystère » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2012 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

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