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Monique Lacroix et la sécurité alimentaire

À la défense des aliments irradiés
7 juin 2011 // par Marianne Boire

Nul n’est prophète en son pays. Après plus de vingt-cinq ans de recherche sur l’innocuité des aliments irradiés, Monique Lacroix, professeure titulaire au Centre INRS–Institut Armand-Frappier, se désole de constater que contrairement à plusieurs pays, le Canada tergiverse encore à gonfler sa liste d’aliments pouvant être irradiés.

Trouvez l’erreur : le Canada est l’un des principaux pays producteurs de cobalt-60, une substance radioactive. Il construit 80 % des irradiateurs au cobalt dans le monde qui sont destinés à la radiothérapie et au traitement d’aliments, de produits pharmaceutiques et cosmétiques, d’os humains, de sang et d’emballages, etc. Il vend ces derniers à plusieurs pays étrangers en plus de donner la formation à ceux qui opèrent ces irradiateurs. Mais mis à part quelques rares exceptions, le Canada interdit la vente d’aliments irradiés. Comment cette situation est-elle possible ?

Pour la professeure Monique Lacroix, qui est également chercheure au Centre d’irradiation des aliments du Canada (CIC) depuis sa fondation en 1987, il est clair que l’ignorance et la résistance du public sont les principales causes de cette situation pour le moins paradoxale. En effet, les aliments irradiés sont inoffensifs et apportent de nombreux bénéfices à la santé humaine. Des organismes aussi importants que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) des Nations Unies cautionnent d’ailleurs l’utilisation de cette technique.

« On confond radioactivité et radiation, explique Monique Lacroix, alors que dans les faits, ce n’est pas du tout la même chose. Un irradiateur, ce n’est pas une bombe atomique ! » Prenant l’exemple des récents événements survenus au Japon, Monique Lacroix précise qu’un accident nucléaire peut effectivement contaminer des aliments par la vaporisation de sels radioactifs dans l’air et dans l’environnement. Il est évident qu’un tel contexte est très dangereux pour la santé humaine, puisqu’il peut entraîner la mutation de certaines cellules ainsi que le développement de cancers. Mais quand on parle d’aliments irradiés, ce risque n’existe tout simplement pas, puisque les aliments ne sont pas radioactifs et ne sont jamais mis en contact avec la substance radioactive, dans ce cas-ci le cobalt-60, qui est un métal et non un sel. Les aliments sont soumis à son rayonnement au cours d’une période de temps strictement contrôlée et toute l’opération se passe dans un environnement hautement sécuritaire.

Une peur injustifiée

« L’irradiation des aliments permet non seulement d’augmenter la durée de conservation des aliments, mais aussi d’éliminer les bactéries pathogènes, les insectes et les parasites, en plus d’inhiber la germination des pommes de terre, des oignons et de l’ail », explique Monique Lacroix. Quand on pense que chaque année, le Canada dépense 1 milliard de dollars pour traiter les intoxications alimentaires, précise-t-elle, il est évident que cette technologie permettrait de réduire considérablement le nombre de ces infections ainsi que les coûts qui y sont reliés.

Outre ces premiers avantages, les nombreuses études de Monique Lacroix sur les aliments irradiés ont démontré que certains de ces aliments, notamment les fruits, ont une meilleure valeur nutritive, une couleur plus intense et sont souvent plus tendres et plus savoureux. Malgré tous ces bénéfices scientifiquement démontrés, la majorité des aliments irradiés demeurent pour le moment interdits au Canada. Seuls les pommes de terre, l’ail et les oignons peuvent être irradiés pour inhiber la germination, ainsi que les épices et les assaisonnements pour éliminer les pathogènes et les parasites. Il y a dans les épices une quantité importante de bactéries pathogènes en phase de latence (plus d’un million par gramme !). Celles-ci sont réactivées lorsqu’elles sont insérées dans un aliment humide, par exemple dans la viande, les salades ou lors de la préparation d’une sauce.


À l’instar de nombreux pays, notamment la Belgique, la Hollande, la Chine et le Brésil, le Canada est pourtant passé tout près d’homologuer une plus large gamme d’aliments irradiés. Au début des années 2000, après un long travail de recherche mené de concert avec la Thaïlande et les États-Unis, Monique Lacroix et son équipe avaient convaincu Santé Canada d’autoriser la vente de mangues, de papayes, de crevettes, de viande rouge et de poulet irradiés. Un projet de loi en ce sens avait même été publié dans le journal officiel du gouvernement canadien, la Gazette I du Canada. Mais à la suite d’une consultation publique pancanadienne, force avait été de constater que la résistance du public aux aliments irradiés était très forte, et le projet n’a jamais été publié dans la Gazette II du Canada. À ce jour, plus de 50 produits alimentaires sont irradiés, et ce, dans plus de 43 pays.

D’autres applications
Professeure au Centre INRS–Institut Armand-Frappier, Monique Lacroix collabore régulièrement à des projets de transfert de technologie avec la compagnie Nordion, une entreprise fondée par Énergie atomique du Canada qui se consacre à la fabrication et à la vente d’irradiateurs. Loin de s’en tenir strictement à la recherche sur les aliments irradiés, Monique Lacroix travaille également à de nombreuses autres applications de l’irradiation en collaboration avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) des Nations Unies comme la mise au point d’emballages renforcés par greffage et la stérilisation de peptides ayant des propriétés antimicrobiennes. La caractérisation des bactéries probiotiques et d’autres aliments nutraceutiques ainsi que les extraits de plantes antimicrobiennes font également partie de ses intérêts de recherche.

Aujourd’hui reconnue mondialement comme une experte en irradiation, Monique Lacroix déplore qu’une grande partie de ses recherches sur les aliments irradiés ne bénéficie pas directement aux Canadiens. A-t-elle pour autant l’impression de prêcher dans le désert ? « Je ne me décourage pas, soutient-elle. Je conserve l’espoir qu’avec la montée du nombre d’aliments pouvant être irradiés aux États-Unis, on ouvre les portes [des épiceries canadiennes] aux aliments irradiés. » L’avenir lui donnera-t-elle raison ? ♦

 


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