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Isabelle Plante, le cancer du sein et les perturbateurs endocriniens

Percer le mystère des glandes mammaires
8 novembre 2011 // par Joël Leblanc

Isabelle Plante a reçu ses cadeaux de Noël à l’avance cette année : des installations de recherche rutilantes. La voilà armée pour percer les mystères du développement des glandes mammaires, de l’apparition et de l’évolution du cancer du sein et de la façon dont les deux sont influencées par certains contaminants environnementaux. Son objectif? Découvrir les mécanismes qui régissent le développement des glandes mammaires chez les femmes, incluant ces développements anarchiques et rapides que sont les tumeurs cancéreuses.

 

C’est avec une belle fierté que la jeune professeure parcourt ses nouveaux laboratoires situés dans l’aile la plus récente du Pavillon de la recherche et de la formation (PRF), au Centre INRS‒Institut Armand-Frappier, où elle a d’ailleurs fait ses études de maitrise et de doctorat. Isabelle Plante montre en souriant les bandes de ruban adhésif que des étudiants ont collé à la blague sur les comptoirs pour marquer la frontière entre son « territoire » et celui d’un collègue. De toute évidence, la chercheure originaire de Québec se plaît dans ses nouveaux quartiers. « Je suis à l’INRS depuis le mois d’août. Après cinq ans à l’University of Western Ontario, où j’ai réalisé un stage postdoctoral, je viens de quitter London avec la famille pour emménager à Laval, raconte Isabelle Plante. Les choses se mettent en place, et la prochaine étape est le recrutement d’étudiants de 2e et 3e cycles pour faire avancer les travaux. »

 

Solidaires pour la vie... en rose

Il faut savoir que les glandes mammaires, dont la fonction première est de produire le lait des nourrissons, sont constituées de cellules qui, comme dans tous les tissus du corps, sont reliées entre elles par des jonctions, un peu comme des points de couture. À l’adolescence, lorsque se multiplient les cellules dans les glandes mammaires en plein développement, celles-ci doivent mettre en place des jonctions pour que le tissu mammaire garde son intégrité et sa structure. Ces jonctions, qui ont un rôle crucial, intéressent vivement Isabelle Plante. « La plupart des éléments qui les composent, nommés protéines jonctionnelles, sont connus. Par contre, les mécanismes par lesquels ces protéines se mettent en place et sont contrôlées restent très peu compris. Il est primordial de comprendre le fonctionnement de ces mécanismes puisque des changements dans le contrôle des protéines jonctionnelles pourraient mener à un développement anormal et être la cause d’un cancer du sein. »

 

Anatomiquement, le sein est constitué d’une masse de tissus adipeux et conjonctif. L’épithélium, constitué de cellules étroitement juxtaposées, est disséminé dans cette masse. La glande est composée de 20 à 30 petits lobes sphériques attachés aux mamelons par des petits conduits. Enfin, le tissu qui constitue la paroi de cette glande est une superposition de deux couches de cellules ayant chacune une fonction bien précise pendant la lactation. « Dans la face interne de la glande, explique la biologiste, il y a les cellules luminales, qui sont responsables de la production du lait. Autour de ces cellules se trouvent les cellules myoépithéliales, qui donnent de la solidité à la glande et se contractent pour pousser le lait hors de celle-ci. Les deux types de cellules sont unis par des jonctions. »

 

L’œuf ou la poule?

Certaines jonctions, appelées jonctions adhérentes, servent à retenir les cellules ensemble, mais d’autres, baptisées jonctions lacunaires, servent aussi de canaux de communication entre les cellules puisque de petites molécules et des ions peuvent y circuler. Dans un tissu sain, ces connexions permettent les échanges et la communication intercellulaires et, dans les glandes mammaires, se révèlent indispensables au développement. Mais qu’en est-il lorsque survient un cancer? « Des études ont démontré une perte de la communication entre les cellules dans une tumeur à cause de l’arrêt de la production de certaines protéines jonctionnelles, répond Isabelle Plante. Mais cette réduction de la communication est-elle due au cancer ou, à l’inverse, en est-elle la cause? C’est une des questions que je tente de percer. »

 

Déjà, la professeure a remarqué chez la souris que dans le cas d’un cancer causé par le développement anormal des cellules luminales, les métastases — ces tumeurs secondaires dues à la migration des cellules du premier cancer ailleurs dans le corps — sont plus nombreuses quand la communication entre les cellules myoépithéliales est inhibée. « Cette couche de cellules externes semble jouer un rôle important dans le développement et dans un cancer, elles retiennent peut-être les cellules luminales plus longtemps à l’intérieur de la glande grâce à la solidité de leurs jonctions. Nous allons explorer cette hypothèse très bientôt. »

 

Des polluants qui accélèrent la puberté

En complément à ses travaux, Isabelle Plante s’intéresse aux contaminants environnementaux, qui peuvent exercer une influence sur le développement des glandes mammaires. En effet, certains de ces polluants ont une structure moléculaire très semblable à celle des hormones qui contrôlent le développement des caractères sexuels secondaires. On les appelle des perturbateurs endocriniens. Métabolites des produits anticonceptionnels ou additifs des plastiques comme le bisphénol A, les perturbateurs endocriniens sont de plus en plus présents dans notre environnement, trompant l’organisme en se faisant passer pour des hormones. À preuve, les jeunes filles d’aujourd’hui voient leurs seins se développer plus tôt que leurs grands-mères.

 

S’ils peuvent accélérer le développement des seins, quel est l’effet des perturbateurs endocriniens sur les jonctions cellulaires? Quel pourrait être leur rôle dans l’apparition des cancers? Le nouveau laboratoire d’Isabelle Plante sera peut-être le siège des travaux qui apporteront des réponses à ces questions. ♦

 

PHOTO // Isabelle Plante tient dans la main une lame de microscope qui montre des coupes histologiques de poumons de souris comprenant des métastases provenant des glandes mammaires. Les poumons sont colorés avec de l’éosine et de l’hématoxyline.

 


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« Isabelle Plante, l'écotoxicologie et le cancer du sein : Percer le mystère du développement des glandes mammaires » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2011 / Tous droits réservés / Photo © Christian Fleury

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