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Sandra Breux et le rôle des partis politiques municipaux

Pour un réinvestissement de la sphère politique locale
16 octobre 2012 // par François-Nicolas Pelletier

Dans une ville, changer l’orientation d’une rue peut transformer le quotidien de milliers de personnes, pour le meilleur ou pour le pire. Les décisions des municipalités et de leurs arrondissements ont des conséquences énormes sur la vie des gens : le ramassage des ordures et des matières recyclables, le déneigement, l’eau potable, les loisirs et les parcs, l’urbanisme, le transport en commun et les parcs industriels relèvent tous des villes. Pourtant, les citoyens et même les chercheurs connaissent mal la politique municipale. Sandra Breux, professeure au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, souhaite combler cette lacune, en s’intéressant plus précisément à la participation électorale et au rôle des partis politiques locaux depuis une trentaine d’années.

 

Les partis sont-ils de simples machines à gagner des élections ou des regroupements centrés sur les idées? Cette question est importante, car « il existe un fort courant de pensée en Amérique du Nord selon lequel la politique municipale ne concerne que des enjeux techniques, comme la collecte des ordures », explique la politicologue et géographe. Selon cette manière de voir, le rôle d’un élu municipal est d'être un bon gestionnaire, tout simplement. Par conviction ou par opportunisme, plusieurs politiciens locaux adoptent ce discours.

 

Mais Sandra Breux se méfie de cet « apolitisme de façade », selon sa propre expression.  À son avis, « les choix d’allocation de ressources traduisent toujours une vision du monde. Doit-on suivre l’exemple du parti Projet Montréal qui, dans certains arrondissements de la métropole, transforme la trame urbaine pour réduire la circulation automobile au profit de moyens de transport écologiques comme le vélo? Ces décisions ne sont jamais apolitiques. »

 

De la même façon, la Ville de Québec termine l’aménagement d’un important « vélo boulevard » reliant la colline Parlementaire et l’Université Laval : le projet s’inscrit dans le Plan de mobilité durable de la ville, qui « vise à placer Québec et sa région dans le peloton de tête des régions urbaines du monde qui sont modernes, attrayantes et respectueuses de leur environnement », lit-on sur le site web de la Ville de Québec. Il s’agit certainement d’un objectif politique.

 

Sandra Breux commencera au cours de l’automne à dresser une typologie des programmes des partis montréalais pour comprendre, par exemple, comment ils se situent sur l’axe traditionnel gauche/droite. Elle compte ensuite faire la même chose ailleurs au Québec. Dans le cadre d’un projet de recherche mené en collaboration avec Laurence Bherer, la chercheure contactera également les candidats des dix plus grandes villes du Québec aux futures élections municipales de 2013 avant et après le scrutin pour leur demander le rôle qu’aura joué le parti politique auquel ils étaient affiliés : aura-t-il été utile sur le plan organisationnel? Sur le plan des idées? Jusqu’à quel point? Et s’ils étaient candidats indépendants, comment se sont-ils débrouillés?

 

Une politique aux couleurs locales

Bien que la plupart de ses projets soient liés au Québec, Sandra Breux analyse présentement les résultats d’une enquête qu’elle a menée chez nous et en Wallonie (la partie francophone de la Belgique) qui compare l’expérience politique des maires des deux juridictions. Certaines différences sont frappantes. « Plus des deux tiers des maires belges ont une expérience préalable à un autre échelon politique, contre seulement 4,5 % au Québec. Ici, on trouve bien sûr quelques politiciens fédéraux ou provinciaux qui deviennent maires de municipalités, mais ils ne représentent qu’une petite proportion de l’ensemble. Au Québec, la politique locale semble être, de prime abord, véritablement locale », soutient-elle.

 

Il faut dire qu’en Wallonie, il est possible de cumuler plusieurs mandats électifs – on peut être à la fois maire d’une ville et député à l’assemblée législative. Mais au-delà de cet aspect, le principal point commun entre ces deux cas est la volonté de souvent faire de l’échelle locale une échelle apolitique, notamment en Wallonie : les candidats délaissent volontiers l’affiliation idéologique qu’ils défendent aux autres échelles pour se présenter à l’échelle municipale. Cela invite donc de nouveau à réfléchir au rôle d’un parti politique local.

Quand un parti municipal stimule la participation citoyenne

« Lorsqu’on regarde ce qui se passe au Québec, aux États-Unis et en Europe, on peut penser que la présence de partis politiques structurés favorise la participation politique des citoyens, notamment en rendant les enjeux plus clairs », explique la chercheure.

 

Par exemple, aux États-Unis, où les scrutins sont non partisans dans environ 70 % des cas, le taux de participation oscille aux alentours de 27 %. Au Québec, il tourne autour de 45 %, et il grimpe encore plus en Europe. Or, le Québec vit justement une situation intermédiaire entre celle de l’Europe, où les partis politiques municipaux sont habituellement intégrés aux partis régionaux ou nationaux, et le reste de l’Amérique du Nord. « Le Québec est la seule province qui encadre légalement les partis politiques locaux. Ils sont donc beaucoup plus présents que dans le reste du Canada, explique Sandra Breux. Mais en même temps, poursuit-elle, ils ne sont pas rattachés aux partis politiques des autres paliers, et ils ont tendance à se faire et à se défaire au gré des élections. »

 

Leur côté éphémère ne les rend pourtant pas moins importants. « La vie municipale touche autant le vivre ensemble que les autres échelons de la politique, et les décisions qui s’y prennent ont des impacts réels sur la vie des gens », rappelle Sandra Breux. Combler le déficit informationnel des chercheurs n’est qu’une première étape qui pourra éventuellement combler celui des journalistes et des citoyens, sans quoi une démocratie locale de qualité est impossible. ♦

 

 

Les élections municipales au Québec : enjeux et perspectives

Sandra Breux et Laurence Bherer, Presses de l'Université Laval, coll. Études urbaines, 362 p., 2011

 


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