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Alain Mailhot et l’hydrologie urbaine

Précipitations extrêmes: mieux vaut prévenir que guérir
8 novembre 2011 // par Marianne Boire

Réchauffement climatique oblige, les autorités font face à tout un lot de nouveaux défis pour adapter les infrastructures aux évènements météorologiques de demain. Spécialiste de l’hydrologie urbaine et professeur au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, Alain Mailhot s’intéresse tout particulièrement à la gestion des eaux de pluie et des précipitations extrêmes. Si les idées ne lui manquent pas pour atténuer l’impact des changements appréhendés, le chercheur se heurte aussi à un obstacle récurrent : dissocier les prévisions des climatologues de celles des météorologues…

 

Qu’on se le tienne pour dit : avec les changements climatiques, les précipitations extrêmes vont augmenter en fréquence et en intensité. Pour les municipalités, ce pronostic implique un corollaire de taille : elles devront faire face plus souvent qu’auparavant à des intensités de pluie telles que les capacités des égouts existants seront dépassées. Sommes-nous prêts à affronter cette réalité? « Pas encore, répond Alain Mailhot, car nos infrastructures actuelles ont été conçues pour répondre à la pluviométrie du passé. Cette pluviométrie va changer et il faut s’adapter. » Et le mot « passé » n’est pas un euphémisme, puisque les canalisations encore utilisées aujourd’hui datent souvent de plusieurs décennies, quand ce n’est pas de plus d’un siècle.

 

Petit manuel de gestion des eaux de pluie

Pour mieux adapter les égouts aux épisodes de précipitations extrêmes, deux options sont envisageables : augmenter le diamètre des conduits pour permettre l’évacuation d’un plus grand volume d’eau et remplacer les anciens réseaux dits « unitaires » par des réseaux « parallèles » afin de séparer les eaux de pluie des eaux sanitaires. À cette réorganisation du réseau d’évacuation des eaux s’ajoute une panoplie d’autres mesures, comme l’aménagement de stationnements avec des zones perméables ou de jardins de pluie, spécialement conçus pour faciliter l’infiltration des eaux de pluie dans le sol et limiter les volumes d’eau acheminés aux réseaux d’égouts.

 

Mais gare à sauter trop vite aux conclusions et à revendiquer la réfection de l’ensemble des infrastructures, prévient Alain Mailhot, car il s’agit de travaux très coûteux et qui ne pourront jamais permettre d’obtenir un risque zéro.  « Quand on a des pluies épouvantables, il n’y a pas grand-chose à faire, reconnaît le professeur Mailhot. C’est alea jacta est! Mais ces pluies exceptionnelles, qu’on subissait aux 10-15 ans auparavant, pourraient éventuellement survenir aux cinq ans. Est-ce un niveau de risque acceptable? C’est la question que l’on doit se poser. Il faut voir comment la fréquence de ce type d’évènement  évoluera dans le futur. »

Chaque geste compte

Les citoyens ont également un rôle à jouer dans ce grand défi collectif qu’est celui de se préparer aux changements climatiques extrêmes dans un environnement urbain, notamment en installant des gouttières qui dirigent l’eau de pluie des toits vers des zones perméables comme des platebandes ou le gazon, plutôt que vers le réseau municipal. L’utilisation de barils de récupération des eaux de pluie est aussi intéressante, à condition que les eaux du trop-plein du baril soient dirigées vers une zone perméable pouvant absorber le liquide.

 

« À l’échelle d’une maison, ça peut paraître anodin comme mesure, souligne Alain Mailhot, mais quand on regarde la surface des toits dans une ville, par exemple avec Google Maps, c’est impressionnant, car toute l’eau de pluie qui tombe sur les toits, c’est de l’eau qui est ultimement acheminée au réseau municipal si elle n’est pas redirigée vers des zones perméables! » Or, aussi simples et efficaces soient-elles, ces méthodes de gestion des eaux de pluie ne sont toutefois pas nécessairement faciles à mettre en place, poursuit-il, puisque les municipalités se heurtent à la sphère privée et doivent souvent s’en remettre à la collaboration et à la bonne volonté des propriétaires.

 

Aléas climatiques et météorologiques 

Se tenant loin des discours alarmistes ou pessimistes, Alain Mailhot cultive une certaine confiance : nombre de municipalités prennent ces problèmes au sérieux et mettent graduellement en place de meilleures pratiques de gestion des eaux de pluie. Il s’inquiète par contre de constater qu’une grande confusion règne encore autour des changements climatiques.

 

Parmi les différents sujets qui portent à confusion, Alain Mailhot remarque que plusieurs épisodes de précipitations extrêmes sont souvent associés aux changements climatiques alors qu’il s’agit davantage de phénomènes météorologiques liés à la variabilité naturelle du climat. Les changements climatiques s’inscrivent dans le long terme alors que la météorologie s’intéresse au court terme. Tout comme une hirondelle ne fait pas le printemps, un événement extrême ne peut être, à lui seul, indicateur de l’existence des changements climatiques. À titre d’exemple, il cite les nombreux cas d’inondations qu’on a connus cette année au Québec. « Il faut comprendre que la météo est quelque chose de hautement variable. Il n’y a pas d’hiver ou d’été qui se ressemble. On parle toujours de moyenne, mais il faut se rappeler que la moyenne est simplement un concept mathématique : une année qui serait moyenne en tout, c’est très peu probable. Et pour estimer une moyenne, il faut regarder sur la longue durée.»

 

Et malgré les nombreuses zones d’incertitude qui entourent la prévision du climat du futur, Alain Mailhot rappelle que les changements climatiques sont basés sur des concepts physiques très simples et bien établis, comme ceux de l’effet de serre ou qu’une atmosphère plus chaude peut contenir plus d’humidité.

 

Ainsi, qu’on soit climatologue ou météorologue, un fait demeure : après la pluie, qui doit être gérée en contexte urbain à la fois de manière individuelle et collective, vient le beau temps. ♦

 

 


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