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Les 10 ans du programme Apprentis en biosciences

Transmettre la passion de la recherche
13 mars 2012 // par Marianne Boire

C’est maintenant devenu une véritable tradition au Centre INRSInstitut Armand Frappier : tous les étés, les laboratoires ouvrent leurs portes à de jeunes mordus de sciences de 15 à 17 ans pour un inoubliable séjour dans le monde de la recherche universitaire. À l’aube de son dixième anniversaire, le programme Apprentis en biosciences, offert en partenariat avec le Musée Armand-Frappier, s’apprête également à franchir le cap du 400e participant. Retour sur une exceptionnelle aventure humaine et scientifique.

 

Avouons-le, il n’est pas toujours aisé, pour les étudiants de secondaire, de comprendre à quoi peuvent bien servir tous ces concepts abstraits ou formules étranges qu’ils apprennent dans leurs cours de sciences… Et pour la grande majorité d’entre eux, la profession de chercheur et de scientifique demeure entourée d’une aura de mystère. Depuis 2002, le programme Apprentis en biosciences offre un antidote à ce « problème » en initiant les jeunes au véritable travail de recherche dans des domaines tels que la virologie, la bactériologie, la biologie cellulaire et moléculaire, l’immunologie ou la génétique, pour ne nommer que ceux-là.

 

« Tout a commencé avec le Musée Armand-Frappier, raconte Suzanne Lemieux, professeure honoraire au Centre INRS–Institut Armand-Frappier et cofondatrice du programme avec son collègue Michel Trudel, directeur scientifique de l’Institut Armand-Frappier avant sa fusion avec l’INRS. On recevait souvent dans nos laboratoires des groupes scolaires avec des accompagnateurs du Musée, mais on s’est vite rendu compte que pour les jeunes visiteurs, quinze minutes dans un laboratoire, c’était extrêmement frustrant et insuffisant pour s’initier réellement à la recherche scientifique. » Après une longue réflexion, Suzanne Lemieux et ses collègues ont finalement proposé une formule qu’aucune autre institution universitaire québécoise n’avait jusque-là tentée : accepter d’aussi jeunes stagiaires dans les laboratoires pour participer activement à un travail de recherche, dans le cadre d’un séjour d’une semaine.

 

Un programme et un encadrement structurés

Aussi estival soit-il, le programme Apprentis en biosciences est beaucoup plus intensif et rigoureux qu’un camp d’été. Triés sur le volet à partir de candidatures soumises par des jeunes de dizaines d’écoles secondaires, les stagiaires ont cinq jours pour non seulement assimiler les tenants et aboutissants du projet de recherche d’un étudiant-chercheur auquel ils sont jumelés, mais aussi pour y participer activement : « C’est un véritable saut quantique qu’on leur demande de faire, explique Suzanne Lemieux, car ils doivent passer, en une semaine, du niveau secondaire à ceux de la maîtrise et du doctorat. Et à chaque année, on est surpris de constater à quel point ils réussissent à bien le faire! »

 

Pour Amélie Côté, ancienne marraine d’apprentis et coordonnatrice du programme, la clé du succès de l’opération réside assurément dans la qualité des jumelages entre les apprentis et les étudiants-chercheurs. « Le programme permet un contact privilégié entre un jeune du secondaire et un étudiant de cycle supérieur, explique-t-elle, ce qui permet à l’apprenti d’être placé dans un contexte de recherche réel, de poser des questions et de bien comprendre les étapes du travail de recherche auquel il se consacre. » Rien n’est d’ailleurs laissé au hasard : les candidatures retenues sont scrutées à la loupe par tout un groupe de personnes pour être jumelées avec un parrain ou une marraine présentant un profil qui maximise les chances de succès : « Il y a une obligation que le jumelage fonctionne, précise Suzanne Lemieux, mais également une obligation que le parrain ou la marraine s’adapte à l’apprenti qui lui est confié. Si l’apprenti est très doué, la consigne pour le parrain ou la marraine est d’aller plus loin. Mais si le stagiaire a des connaissances de base plus limitées, le superviseur devra réduire la quantité ou la complexité des expérimentations prévues. »

 

Tous ont d’ailleurs l’occasion de valider le succès de l’opération dès la fin de la semaine de stage. Car les apprentis doivent clore leur séjour par un exposé oral de cinq minutes au cours duquel ils présentent le projet de recherche sur lequel ils ont travaillé pendant la semaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une expérience marquante

Il va sans dire qu’une telle expérience est extrêmement bénéfique pour les étudiants du secondaire intéressés à poursuivre des études en sciences. Pour Doulia Hamad, aujourd’hui étudiante au baccalauréat en physiologie à l’Université McGill, le programme Apprentis en biosciences a été l’occasion de réaliser à quel point le travail de recherche scientifique requérait de la patience, de la minutie et de la planification. Accueillie dans le laboratoire d’endocrinologie de la professeure Cathy Vaillancourt de l’INRS, Doulia avait eu l’occasion, pendant son stage d’une semaine, de travailler sur l’inhibition d’une protéine spécifique dans le cadre d’une recherche sur le cancer du placenta : « Au début, je pensais que j’allais découvrir comment guérir le cancer, raconte Doulia en riant. Ça m’a pris plusieurs jours pour comprendre à quel point il y avait plusieurs étapes nécessaires pour déterminer quels facteurs étaient impliqués dans l’expression de cette protéine-là. » Et même si elle avoue qu’elle n’a pas retenu tous les détails de la montagne d’informations qu’elle a reçues au cours de cette semaine, elle s’étonne de les redécouvrir aujourd’hui dans le cadre de son baccalauréat : « Ce que j’ai appris me sert énormément aujourd’hui dans mes études, car il y a beaucoup de choses qui me reviennent et m’aident  à comprendre ce que je fais maintenant. »

 

Actuellement étudiant en sciences de la nature (profil santé) au Cégep du Vieux-Montréal, Jean-Baptiste Roberge a quant à lui consacré son stage à l’étude d’une protéine virale particulière dans le cours d’une infection, au sein du laboratoire de la professeure Angela Pearson. L’expérience a été pour lui si marquante qu’il a offert ses services comme assistant à la gestion des séjours durant les deux années qui ont suivi. Une occasion rêvée de valider très jeune son sens de l’organisation!

 

Retour de l’ascenseur

Les jeunes apprentis ne sont pas les seuls à tirer profit de cette expérience de jumelage. Pour les parrains et marraines, il s’agit également d’une expérience des plus formatrices. Étudiant au doctorat en biologie, Bruno Johnson a encadré trois apprentis alors qu’il poursuivait sa maîtrise en sciences expérimentales de la santé. Avec le recul, il considère que l’exercice est extrêmement formateur pour apprendre aux étudiants-chercheurs à vulgariser leurs recherches : « Aujourd’hui, c’est très important de pouvoir bien expliquer la nature de notre travail, tout spécialement quand on remplit des demandes de subvention, explique-t-il. Et quand on doit présenter ce qu’on fait à un étudiant du secondaire, ça nous force à faire cet exercice-là. » Le professeur Yves St-Pierre qui, en dix ans, a vu défiler plus d’une quarantaine d’apprentis dans son laboratoire, confirme l’efficacité de cette formation : « Les étudiants qui ont participé à l’équipe d’encadrement du programme ont plus de maturité et ont ensuite plus de facilité à structurer leur travail de recherche et à préciser leurs objectifs. »

 

Pour Martine Isabelle, l’expérience de marraine a été la source d’une véritable révélation. À l’époque étudiante à la maîtrise en microbiologie appliquée, elle s’est découvert une telle passion pour la vulgarisation et la communication scientifique qu’elle a complètement revu son choix de carrière. Résultat : elle est aujourd’hui non pas chercheure en laboratoire, mais directrice des opérations et des communications au Musée Armand-Frappier.

 

Une popularité grandissante

Ces jours-ci, comme à chaque retour du printemps, Suzanne Lemieux et Amélie Côté trépignent d’impatience à l’idée de préparer la nouvelle cuvée d’Apprentis en biosciences. Alors que la période de candidatures bat son plein, les deux femmes se disent très heureuses de constater que le programme gagne chaque année en popularité.

 

Et qu’on se le dise : ce séjour unique en laboratoire n’est pas uniquement réservé aux élèves de la grande région de Montréal. Les jeunes de toutes les régions peuvent présenter une demande d’admission, mais leurs parents seront responsables d’organiser leur transport et leur hébergement s’ils sont acceptés. Fait à noter, il n’y a pas de frais d’admission pour cette stimulante activité! Futurs apprentis, marquez cette date à votre agenda : la période pour soumettre votre candidature se termine le 12 avril. ♦

 

 

 

 

 

Dans le cadre du Défi caritatif du Groupe Banque Scotia 2012 qui aura lieu le 29 avril prochain, Amélie Côté va marcher/courir 5 km au profit de la Fondation Armand-Frappier. Capitaine de l'équipe « Apprentis en biosciences », elle espère récolter 10 000$. Pour encourager Amélie, il suffit de visiter sa page personnelle.

 

 

 

PHOTO (haut de la page) :: De gauche à droite (avant-plan) : Amélie Côté, ancienne marraine de séjour et coordonnatrice du programme Apprentis en biosciences; Bruno Jonhson, ancien parrain de séjour; Suzanne Lemieux, professeure et fondatrice d'Apprentis en biosciences; et Jean-Baptiste Roberge, ancien apprenti. De gauche à droite (arrière-plan) : Doulia Hamad, ancienne apprentie; Martine Isabelle, ancienne marraine de séjour et directrice des opérations et des communications pour le Musée Armand-Frappier; et Yves St-Pierre, professeur.

 


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