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Convergence technologique

Un âge d'or économique dont le numérique est la trame de fond
17 décembre 2013 // par Stéphanie Thibault

Alors qu’il déambule dans les rues du centre-ville de Montréal, Martin Maier, professeur au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l’INRS, visualise une architecture qui n’est pas faite de briques, de béton ou de pierres. Chaque passant en fait partie ainsi que chaque automobile, chaque feu de circulation, chaque bureau. Même les arrêts d’autobus et les trous d’homme ont leur place dans cette architecture à la convergence du numérique et du technologique.

 

Bien qu’elle ait déjà commencé à prendre forme, la superstructure que projette Martin Maier en est encore à ses balbutiements. Le nombre croissant d’usagers de téléphones intelligents donne un aperçu de ce qu’elle deviendra : elle pénétrera le tissu de la société très profondément. Le professeur en télécommunications joue en quelque sorte à l’architecte qui veille à ce que le tout soit cohérent – et ne s’effondre pas – pour magnifier notre environnement. Des villes intelligentes où la circulation est facilitée par des systèmes perfectionnés. Des réseaux électriques modulables, incorporant diverses sources d’énergie renouvelables. Des médecins qui compilent à distance les données physiologiques de leurs patients… « Notre milieu de vie se transforme et notre interaction avec lui aussi. Cette transformation se base sur un certain nombre de technologies clés, avance Martin Maier d’un ton assuré. Nous travaillons à les développer depuis des années et bientôt, leur ère arrivera… »

 

Déterminé à me convaincre, il me tend le dossier qu’il a préparé, incluant plusieurs références et tableaux de données : « Nous sommes à un moment charnière. C’est une chance qui n’arrive pas souvent et qu’il faut saisir… Les technologies ont la maturité nécessaire et le cycle économique est en phase avec elles. » Il attire mon attention sur un article qui détaille l’arrivée imminente de ce que l’auteur appelle un âge d’or, une période de prospérité qui repose sur une réorganisation stratégique de la société et qui se caractérise par le déploiement de certaines technologies dans toutes les sphères économiques. Martin Maier soutient que ces nouvelles technologies, qui seront le fondement de la prospérité à venir, sont justement celles sur lesquelles les chercheurs en télécommunications de l’INRS campent leur expertise. Et il n’est pas le seul à le clamer.  

 

Nombreux sont les analystes qui appuient ce point de vue. À titre d’exemple, le McKinsey Global Institute a publié un rapport identifiant les technologies qui marqueront la prochaine décennie. En tête de peloton, parmi plus de 100 technologies analysées, on retrouve l’Internet mobile, l’automatisation du travail intellectuel, l’Internet des objets, l’infonuagique (cloud computing) et la robotique avancée. Cela me frappe : ce sont toutes des technologies sur lesquelles se concentrent les chercheurs du Centre Énergie Matériaux Télécommunications. « Ces technologies pénètrent tout le système économique, ajoute le professeur Maier. Elles peuvent faire progresser autant le domaine des communications que l’agriculture ou le secteur de la santé. En plus, elles évoluent à un rythme effarant en ce moment et depuis quelques années. Voilà pourquoi elles intéressent aujourd’hui les économistes… alors qu’ici, cette évolution nous semblait déjà aller de soi. Et nous la préparions. »

 

Par exemple, les idées porteuses de Maier ont donné naissance à un projet stratégique et interdisciplinaire financé par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada impliquant plusieurs universités et entreprises de haut niveau. L’expertise mise de l’avant est directement liée à la mise en place d’une nouvelle ère technologique, utilisant les réseaux FiWi (fiber-wireless) et les réseaux intelligents pour réduire l’empreinte carbone. Ce projet et d’autres tout aussi ambitieux positionnent Martin Maier et ses collègues de l’INRS parmi les chefs de file dans ce domaine.

 

Il n’est pas surprenant que des entreprises comme France Télécom aient d’ailleurs sollicité l’énergique professeur pour alimenter leurs réflexions stratégiques, en faisant appel à son expertise sur l’électricité sans fil et sur la convergence entre les télécommunications et l’énergie. Les organisations qui participent au grand virage actuel sont à l’affût des travaux qui le structurent.

 

« Pour ma part, ce que je trouve le plus inspirant est de voir à ce que ces technologies évoluent avec une certaine synchronisation, qu’elles se combinent pour multiplier leur impact, renchérit le professeur Maier. De cette façon, nous tirerons le plein potentiel des réseaux. Ils seront à la racine même de la société. » On le constate déjà en comparant la façon de communiquer d’il y a 20 ans et celle d’aujourd’hui : courriels, messages textes, téléphonie cellulaire, réseaux sociaux, tout cela a modifié nos relations interpersonnelles et professionnelles. Il faut imaginer maintenant la suite : le partage de données et leur analyse par des algorithmes performants qui influenceront nos décisions, l’automatisation et le contrôle à distance des tâches domestiques, la surveillance d’une foule de paramètres (physiques, physiologiques, etc.) par une myriade de capteurs.

Martin Maier INRSCentre-ville de Montréal Martin Maier

Dans le monde imaginé par les chercheurs en génie électrique et en télécommunications, des tâches quotidiennes sont accomplies par des robots, de l’entretien ménager à la conduite des véhicules. Les communications continuent de s’améliorer. De plus en plus de décisions sont prises par des ordinateurs qui remplacent certains travailleurs et les équipes de travail sont entièrement repensées dans une dynamique de collaboration et de partage sans précédent. Sachant que certaines nouvelles factuelles peuvent maintenant être rédigées entièrement par des ordinateurs, j’ai soudain une légère inquiétude… mais le professeur Maier me ramène à une réalité plus pressante.

 

« Nous faisons face à des problèmes importants en tant que société et cette révolution, que certains appellent la troisième révolution industrielle, nous aidera à y faire face, poursuit Martin Maier. Prenons le vieillissement de la population. Comment pourrons-nous prendre soin de nos aînés? L’assistance automatisée sera grandement appréciée pour cela! Nous pourrons nous concentrer sur ce qui est important – le réconfort, les échanges, l’hygiène – pendant que la maison s’entretiendra elle-même, que la sécurité des aînés sera assurée par un système de surveillance qui veillera à avertir efficacement de tout problème et que leur taux de glucose sanguin demeurera en observation grâce à des capteurs. » 

 

Croisant les bras et s’adossant à son fauteuil, il poursuit : « Je suis comme tout le monde, je m’inquiète. Mes parents, par exemple, habitent en Allemagne et leurs quatre enfants sont loin. J’aimerais pouvoir être averti si un problème survient et, encore mieux, pouvoir agir à distance pour les aider. Ce n’est pas un rêve si fou. À l’heure actuelle, ce ne sont pas les technologies qui manquent, mais bien le développement du marché. Il faut choisir les technologies qui formeront ce super réseau, ce lien entre le virtuel et le réel… Il faut établir les normes et les protocoles. »

 

Un peu étourdie par cette vision d’un mode interconnecté dans ses moindres détails, j’interroge Martin Maier sur les obstacles que pourrait rencontrer un système aussi complexe. En effet, admet-il, il y en a une foule! D’abord, les enjeux de sécurité : les données doivent être protégées et ce ne sera pas une mince affaire. La protection de la vie privée prendra également une tout autre dimension… Et comment se parer contre les pannes de courant? Une société qui repose autant sur la technologie ne devient-elle pas vulnérable à bien des égards?

 

« Il est clair que nous avons beaucoup de travail devant nous, reconnaît mon interlocuteur. Ces questions sont importantes et soulignent la nécessité de s’arrêter à réfléchir pour construire le réseau universel d’une façon logique et sécuritaire. C’est notre boulot! Oui, nous voulons que tous les gens et tous (presque tous!) les objets se parlent. Mais encore faudra-t-il qu’ils se comprennent… »

 

En terminant notre rencontre, je réalise que la voie est tracée pour cette troisième révolution industrielle. Sur mon téléphone, je stoppe l’enregistrement et l’envoie directement sur un serveur « dans le nuage ». Je partage sur les médias sociaux que j’ai eu une conversation futuriste, puis je vérifie mes rendez-vous et mes courriels. Je vérifie le trafic et l’itinéraire optimal pour rentrer à la maison. Si seulement je pouvais aussi demander à mon dîner de se réchauffer… « Ça viendra », m’assure le professeur Maier en souriant… ♦

 

Réseaux numériques technologiques

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